Doubs : dix ans pour trouver une ressource en eau

Suite Ă  la sĂ©cheresse de 2003, on s’est mis Ă  chercher de l’eau Â», se souvient Christophe Lime, prĂ©sident de la rĂ©gie Eau Assainissement du Grand Besançon. « Suite Ă  des forages, elle a Ă©tĂ© trouvĂ©e en 2006. Une ressource miraculeuse, puisqu’il s’agissait de l’eau potable en l’état prĂšs de la papeterie de Novillars. Il a fallu ensuite avoir les autorisations, tirer les tuyaux (coĂ»t 4 millions d’euros). Cela a pris du temps pour que le Grand Besançon se dote d’une cinquiĂšme ressource pour sĂ©curiser son alimentation en eau. Â» (…)

« Ce qui est possible sur un secteur est possible sur un secteur plus large Â», reprend Christophe Lime. Il a d’ailleurs Ă©crit Ă  la prĂ©sidente du DĂ©partement qui a gardĂ© la compĂ©tence Eau Assainissement. « Je lui demande qu’on se rencontre tous, collectivitĂ©s et syndicats, pour qu’on travaille ensemble sur ce qu’il faut mettre en place pour trouver de nouvelles ressources en eau. Â» (…)

« Nous le rĂ©pĂ©tons, il faut cinq Ă  dix ans entre la recherche d’une nouvelle ressource et la concrĂ©tisation Â», concluent Christophe Lime et Jean-Pierre Mettetal. « Il faut tirer les leçons du passĂ© et se lancer. Nous ne pouvons plus vivre dans un territoire oĂč Besançon dispose de cinq ressources et MontbĂ©liard d’une seule. Il faut travailler ensemble aux solutions de demain. On sait tous que sur notre territoire, les hauts bassins manquent d’eau, cĂŽtĂ© vosgien, cĂŽtĂ© jurassien. Il faut avoir une vision publique et solidaire pour faire face. Â»

L’Est RĂ©publicain, 16 octobre 2018

« Franche-ComtĂ© : trouver de nouvelles ressources en eau Â» [avec Ch. Lime]

Un reportage de France 3 Franche-Comté,
mis en ligne sur Youtube le 11 octobre 2018

PrĂ©sent dans les deux 😉 Ă©pisodes vidĂ©o ci-dessous :
Christophe Lime, membre du collectif “Notre Aggl’EAU”

La sĂ©cheresse 2018 a posĂ© beaucoup de questions concernant notre ressource en eau, sa gestion et sa distribution. Des questions sur les quantitĂ©s disponibles et leur prĂ©servation. L’avenir de l’eau est-il assurĂ© ? Ou encore Ă  construire avec un partage des ressources ? 

(…) Besançon fait figure « d’exception Â» ou presque. C’est « le bon Ă©lĂšve de la classe Â»Â si l’on en croit les recommandations des instances de l’environnement. Le fruit d’une rĂ©flexion menĂ©e Ă  l’issue de la sĂ©cheresse de 2003, et qui s’était rapidement conclue par la mise en place d’une logique dite de « l’interconnexion Â» (…)

La rĂ©serve d’eau paraissait « sous contrĂŽle Â» durant cette pĂ©riode d’une pluviomĂ©trie exceptionnellement basse. Mais elle semble atteindre ses limites dans divers endroits de la rĂ©gion comme dans une partie du Jura, la rĂ©gion de MontbĂ©liard ou dans plusieurs secteurs du Haut-Doubs oĂč les alertes se sont succĂ©dĂ©es.

De l’eau dont le dĂ©bit permanent et de bonne qualitĂ©, semble couler de source lorsque l’on ouvre le robinet. En rĂ©alitĂ© : le rĂ©sultat d’une infrastructure et d’une organisation consĂ©quente et complexe qui rĂ©vĂšle bien des failles une annĂ©e de grande sĂ©cheresse comme cette annĂ©e 2018. Le Doubs complĂštement  à sec sur des kilomĂštres ; des lacs, des torrents et des cascades devenus l’ombre d’eux-mĂȘmes. Les images ont couru tout l’étĂ© dans les mĂ©dias, et les consĂ©quences sont nombreuses qui inquiĂštent les usagers et les Ă©lus. Comme Ă  Mathay (le principal rĂ©servoir d’eau potable du Nord Franche-ComtĂ©) dont l’usine est encore ce mois d’octobre sous la menace de ne plus rĂ©ussir Ă  jouer son rĂŽle. « Du jamais vu Â» selon le maire Daniel Granjon.

Une pĂ©nurie qui n’est pas la premiĂšre en Franche-ComtĂ©. 1976, puis 2003
 Les mĂȘmes carences, et les mĂȘmes interrogations face au dĂ©rĂšglement climatique et aux menaces qui pĂšsent, de plus en plus en plus fortes, sur la pertinence et la pĂ©rennitĂ© de notre gestion de la ressource.

« Agences Â»Â ou « syndicats des eaux Â» se partagent cette maĂźtrise de la ressource en centaines de structures locales indĂ©pendantes et le plus souvent « difficilement Â» conciliables entre elles. De quoi rendre Ă©videmment dĂ©licate la tĂąche de rationaliser la captation et la gestion de cette eau dans un souci d’équilibre et de partage Ă©quitable.

C’est d’ailleurs ce que la Cour des Comptes avait dĂ©jĂ  formulĂ© dans un rapport publiĂ© en 2015 prĂ©conisant « un regroupement des rĂ©gies d’eau et d’assainissement, afin d’augmenter le service rendu en amĂ©liorant les performances dans un cadre territorial Ă©largi Â». La politique du « Chacun son eau Â» qui marque profondĂ©ment la culture de cette organisation des eaux potables en France.


A Besançon, on joue l’interconnexion des rĂ©seaux

Dans ce contexte, Besançon fait figure « d’exception Â» ou presque. C’est « le bon Ă©lĂšve de la classe Â» si l’on en croit les recommandations des instances de l’environnement. Le fruit d’une rĂ©flexion menĂ©e Ă  l’issue de la sĂ©cheresse de 2003, et qui s’était rapidement conclue par la mise en place d’une logique dite de « l’interconnexion Â».  En clair : la mise en rĂ©seau des captages et des rĂ©servoirs dissĂ©minĂ©s au travers des diffĂ©rentes entitĂ©s communales ou intercommunales. Ce systĂšme de partage avait conduit Ă  une collaboration inĂ©dite entre l’Agence de l’eau bisontine et le syndicat rural du Val de l’Ognon il y a 15 ans. Cet Ă©tablissement poursuit depuis le dĂ©veloppement de sa propre interconnexion avec des communes de Haute-SaĂŽne et du Jura.

Avec :
‱ Christian Morel, vice-prĂ©sident de la chambre d’agriculture du Doubs
‱ Christophe Lime, adjoint au maire de Besançon
‱ Thierry Decostered, prĂ©sident du syndicat intercommunal du val de l’Ognon

En tout : 37 communes sont dorĂ©navant reliĂ©es Ă  partir du Grand Besançon. À peu prĂšs 150 000 personnes profitant de 15 points de captage, dont le plus significatif Ă  la source d’Arcier. La source est un « monument Â» qui fait peau neuve cet automne aprĂšs une campagne de mise en valeur du site qui sera bientĂŽt rendu Ă  la vue du public.  À terme, le projet  devrait regrouper l’intĂ©gralitĂ© des usagers compris dans le pĂ©rimĂštre de la CAGB et mĂȘme un peu plus. Soit un peu plus de 200 000 habitants.

Un programme « d’interconnexion Â», reconnu comme « un modĂšle Â» par le Grenelle de l’environnement, pour assurer la continuitĂ© de l’approvisionnement en eau potable de qualitĂ© en respectant mieux les contraintes du milieu naturel.

Mais politiquement : « pas si simple ! Â» selon Christophe Lime, le « Monsieur de l’eau bisontine Â», et plusieurs prĂ©sidents d’établissements ruraux concernĂ©s. Une question d’intĂ©rĂȘts divergents qui s’est amplifiĂ©e avec la promulgation de la loi NOTRe de 2015 portant sur la rĂ©forme de l’organisation territoriale (L’acte III de la DĂ©centralisation). Une source de conflits sans fin entre les Ă©lus locaux, crispĂ©s par la dĂ©finition de nouveaux pĂ©rimĂštres jugĂ©s « incohĂ©rents Â» et « arbitraires Â».


De nouvelles ressources Ă  partager

« L’interconnexion Â» constituerait toutefois la bonne piste , voire « la seule Â» pour partager la ressource structurĂ©e dĂ©jĂ  existante, mais qui selon cet hydrogĂ©ologue franc-comtois Jean-Pierre Mettetal, pourrait, ou plutĂŽt « devrait  ĂȘtre complĂ©tĂ©e par une politique d’exploration systĂ©matique des sous-sols de la rĂ©gion Â». Des sols karstiques qui recĂšlent selon le spĂ©cialiste, encore beaucoup de richesses naturelles Ă  dĂ©couvrir. Un immense rĂ©seau de nappes souterraines profondes, dont il nous manque Ă  ce jour une topographie exhaustive.

« Prenez par exemple, ce « Doubs Â» dont le lit ne prĂ©sente plus qu’une terre sĂšche et craquelĂ©e depuis le mois de juillet, nous explique l’expert
 Mais l’eau de la riviĂšre n’a pas tout bonnement disparu un beau jour d’étĂ© comme par enchantement, comme le rĂ©sultat d’une Ă©vaporation dans l’air caniculaire franc-comtois ! L’eau est toujours lĂ  ! Mais simplement en dessous ; circulant Ă  des mĂštres et des mĂštres sous la surface, dans un labyrinthe de failles calcaires qui communiquent entre elles et les cours d’eau habituellement visibles Ă  l’air libre
 L’eau circulant en surface, c’est la partie visible de l’iceberg ; et j’affirme que l’essentiel est sous nos pieds. Â»

Avec :
‱ Jocelyne Joliot,  prĂ©sidente de la communautĂ© de communes
et du syndicat des eaux de Dommartin
‱ Jean-Pierre Mettetal, hydrogĂ©ologue
‱ Christophe Lime, adjoint au maire de Besançon, directeur des rĂ©gies d’eau publique – France Eau Publique

Ce sont les spĂ©lĂ©ologues qui souvent nous aident Ă  dĂ©couvrir et Ă  Ă©tudier cet incroyable enchevĂȘtrement de cavitĂ©s. Ils nous en apprennent beaucoup sur notre sous-sol. Ainsi, « la Loue Â», dont le niveau cet Ă©tĂ©, n’a paradoxalement pas Ă©normĂ©ment diminuĂ© contrairement Ă  celui du « Doubs Â» ; semble ĂȘtre le rĂ©sultat de ces modes de communication dĂ©couverts sous nos pieds grĂące Ă  leur intervention. Un effet de vases communicants. Un patrimoine encore trĂšs largement mĂ©connu des opĂ©rateurs et des responsables de l’eau en France, et une dĂ©marche scientifique, Ă  laquelle l’état devrait contribuer en jouant pleinement son rĂŽle selon cet ingĂ©nieur. Ce qui semble loin d’ĂȘtre le cas aujourd’hui.

L’État, plutĂŽt enclin Ă  poursuivre sa politique de prĂ©lĂšvement sur les recettes des agences de l’eau dans le cadre de la contribution nationale au remboursement de la dette. Une manne de 200 millions par an, dont beaucoup prĂ©fĂ©reraient qu’elle soit rĂ©servĂ©e Ă  l’investissement pour la prĂ©servation et le dĂ©veloppement de la ressource.


Reportage :
JL Gantner, P. Arbez

SĂ©cheresse 2018 : de Belfort-MontbĂ©liard Ă  Besançon…

“Depuis vendredi dernier 28 septembre la prĂ©fecture a dĂ©crĂ©tĂ© le niveau 3 sĂ©cheresse sur la zone de la moyenne vallĂ©e du Doubs et de l’Ognon, soit de MontbĂ©liard Ă  Saint-Vit. Au total 346 communes dont Besançon”, souligne le sous-prĂ©fet Nicolas RĂ©gny. “Et l’arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral risque d’ĂȘtre valable encore longtemps car l’anticyclone est solidement installĂ©â€, ajoute-t-il. Â»

estrepublicain.fr/edition-de-besancon/2018/10/05/besancon-restrictions-d-eau-(aussi)-a-la-piscine-et-a-la-patinoire